La Bretagne de A à Z

Introduction

Au début du XXIème siècle, la Bretagne existe.Certes, le décret du 30 juin 1941 du gouvernement du Maréchal Pétain a séparé la Loire-Atlantique de la “Région Bretagne”, et la Région artificielle des “Pays de Loire” s’emploie, avec beaucoup de moyens, à donner une identité illusoire à un périmètre tout droit sorti de l’imagination des technocrates… ainsi qu’à débretonniser la Loire-Atlantique, où s’est pourtant déroulée plus de la moitié de notre histoire.Cette survie de la Bretagne en tant que peuple est-elle due à un miracle ou à la simple volonté des Bretons de vouloir exister, en dépit du fait que leur pays se trouve aujourd’hui réduit à l’état d’une région ordinaire, amputée d’un cinquième de son territoire et d’un quart de sa population ?

Aujourd’hui, le monde change. Les problèmes économiques, qui s’accumulent, forcent les gens à s’expatrier pour trouver un emploi hypothétique ailleurs. Et pourtant, les Bretons ne se sont jamais autant qu’aujourd’hui sentis attachés à leur langue, à leurs traditions, à leur culture : les festoù-noz fleurissent de Nantes à Brest, les maisons d’édition multiplient les titres relatifs à la Bretagne, les groupes musicaux n’ont jamais eu plus de succès, les gens qui apprennent le breton n’ont jamais été aussi nombreux : un lycée Diwan s’installe à Carhaix et son implantation est source d’emplois. La langue bretonne, autrefois si méprisée, au point que plusieurs générations en ont été traumatisées, devient désormais un critère supplémentaire à l’embauche…

Et pourtant… Notre culture et notre histoire ne sont pas encore intégrées aux programmes officiels des écoles ! Les enseignants seront-ils donc les derniers à comprendre que pour être bien dans sa tête, il faut aussi être enraciné ? Le jacobinisme le plus rétrograde, par la voix du Conseil d’État, n’a t-il pas déclaré que la charte européenne pour les langues minoritaires* était “incompatible avec la Constitution de la République” ?

Alors même que la plupart des pays européens reconnaissent le droit à la différence pour chacune des communautés vivant sur leur territoire, la France reste le dernier Etat centraliste, le seul en compagnie de la Turquie à refuser à ses citoyens d’employer officiellement une autre langue que le français…

Fidèle à ses objectifs d’éducation et de diffusion des traditions populaires, Kendalc’h* a vivement encouragé l’auteur à préparer avec LA BRETAGNE de A à Z un vademecum de ce que TOUT BRETON devrait connaître.

S’il existe aujourd’hui nombre d’ouvrages relatifs à la Bretagne, il nous a paru essentiel de présenter, dans un langage clair, les principaux caractères qui définissent notre pays : langues, cultures, traditions, économie, géographie, sports, etc. Les Bretons cités dans ce livre ne sont pas forcément ceux que l’on trouve dans les dictionnaires mais ils ont consacré une bonne part de leur énergie ou donné leur temps à la défense de notre identité, de notre culture.

Un certain nombre de rubriques ne se trouvent d’ailleurs nulle part ailleurs : c’est là une des originalités de ce livre. Pourquoi ? Parce que la Bretagne ne se définit pas par des critères standardisés : la Bretagne a ses propres critères, ses lois internes, son identité, uniques au monde.

Si vous vous sentez fiers de votre pays, nous vous donnons ici les moyens de savoir pourquoi : en vous donnant les éléments essentiels qui composent notre individualité, notre patrimoine, notre culture, à travers toutes les rubriques de ce livre, en sachant que si l’on veut regarder l’avenir, il est nécessaire de bien connaître notre passé.

La Bretagne a été indépendante pendant près de 700 ans puis elle a été étranglée par un centralisme “napoléonien” qui perdure fortement dans l’administration française. Si Paris tourne le dos à l’océan, la mer est au contraire pour nous l’une de nos grandes richesses et l’agroalimentaire nous donne une économie forte et dynamique : notre avenir ne dépend plus désormais que de notre volonté de nous assumer dans l’Europe des régions mais, tant que la Loire-Atlantique ne réintégrera pas la région Bretagne, il n’y aura pas de véritable démocratie dans ce pays. La Bretagne, riche de ses composantes et de sa diversité est “une et indivisible” en dépit d’un “remodelage” jacobin qui bafoue profondément notre identité.

” L’entité économique ne pourra s’imposer que si l’on rattache Nantes à la Bretagne… Celui qui rattachera Nantes aura sauvé la Bretagne et mon plus grand vœu pour notre région est que cela se fasse le plus rapidement possible. ” (Edouard Leclerc, “Notre Histoire”, n° 22).

Tant que la langue bretonne ne sera pas reconnue officiellement dans la vie publique, tant qu’elle ne sera pas enseignée de l’école maternelle à l’université, tant que la Bretagne ne se sera pas dotée des moyens légaux administratifs et budgétaires à même de lui permettre de véritablement prendre en charge tous ses problèmes, les Bretons resteront un peuple minorisé : alors que la plupart des autres peuples d’Europe se sont vus reconnaître leurs droits les plus élémentaires, resterons-nous encore longtemps dans la cour des petits ?

Un des objectifs de la Bretagne de A à Z en ligne est ainsi de permettre à chacune et à chacun de se reconnaître à travers toutes les composantes de l’ identité bretonne, identité grâce à laquelle, en ce début du XXIème siècle, les Bretons de Nantes à Brest et de Fougères à Clisson, les Bretons et les autres peuples d’Europe et du monde, peuvent et aiment fraterniser dans le respect de leurs langues et de leurs cultures. C’est bien en cela que Bretagne est aussi Univers !

Jakez GAUCHER

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