Les noms qui ont fait l’Histoire de Bretagne

Présentation

D’abord, pourquoi mille noms ? Il ne serait pas difficile de rassembler, parmi tous les personnages qui ont joué un rôle dans l’histoire de Bretagne, un nombre beaucoup plus élevé de noms intéressants. À titre d’exemple, les écrivains bretons contemporains pourraient, à eux seuls, fournir une liste supérieure à ce nombre. Que dire alors des hommes politiques !Mais si l’objectif est de choisir des noms de rues, on peut remarquer que le nombre actuel des noms de Bretons que l’on rencontre dans les rues de Bretagne ne dépasse pas quelques centaines. Bien sûr, certains de ces noms sont reproduits plusieurs fois et pour quelques-uns, un grand nombre de fois. Ce sont les noms de personnages célèbres, mais ces derniers ne sont pas très nombreux actuellement. Cette constatation nous conduit à limiter volontairement le nombre de noms que nous devons proposer, car tous les noms n’ont pas le même intérêt. Sachant qu’il ne s’ouvre guère actuellement plus de mille rues nouvelles chaque année en Bretagne, il serait inutile de proposer un nombre trop élevé de personnages peu connus qui, dès lors, ne seraient pas suffisamment utilisés. Même après de nombreuses années, on n’obtiendrait qu’un éparpillement de noms sans suite, contrairement au but poursuivi et beaucoup de ces noms continueraient d’être ignorés.

On doit donc considérer qu’il y a plusieurs niveaux de notoriété. Le premier est celui des personnages ou des événements historiques que tout Breton devrait connaître en raison de l’importance nationale ou internationale qui leur est attachée. Il s’agit des grands hommes d’État ou d’Église, des souverains bretons, des chefs de guerre et des personnages les plus remarquables de la culture bretonne. Même en y ajoutant les saints du calendrier breton les plus connus, leur nombre total n’excède pas 500 pour toute la Bretagne, soit environ une centaine par département. Tous ces noms peuvent entrer dans une catégorie que nous qualifierons, par convention, de générale ou nationale. Ils sont identifiables dans les pages qui suivent par un carré noir placé devant chacun d’eux. Ces noms ont leur place partout en Bretagne et doivent être choisis en priorité. Viennent ensuite les personnages un peu moins connus, mais qui se sont illustrés dans les différents domaines de la vie politique, économique, ou culturelle, tout en étant plus spécialement attachés à une partie seulement du territoire breton. Leur renommée pourrait difficilement s’étendre au delà d’une certaine distance, qu’on peut fixer arbitrairement aux limites d’un département. En retenant encore 500 noms pour cette seconde catégorie, que l’on pourrait qualifier de régionale, on conserve un équilibre acceptable sans risquer trop d’oublis graves. Ces noms, identifiés par un carré blanc placé devant chacun d’eux, seront donc utilisés surtout dans leur région de notoriété propre.

Restent de très nombreuses personnalités, aux mérites variés mais plus discrets, qui ne sont connus qu’à proximité de leur propre ville. À leur égard, on peut parler de célébrité locale. Ce n’est pas ignorer leur importance, que de laisser à leurs concitoyens le soin de la célébrer comme ils le souhaitent. En fixer le nombre n’aurait pas grand sens, aussi ne doivent-ils pas figurer dans cet inventaire.

Par contre, nous avons pensé qu’un petit nombre de personnages d’exception, qui ne sont pas nés en Bretagne, ou qui n’y ont pas d’attaches familiales, méritaient cependant d’avoir leur place dans ce dictionnaire. Dès l’instant où leur vie ou leur action d’éclat s’est effectuée en Bretagne et surtout, au profit de la Bretagne, cette dernière se grandit en les considérant comme faisant partie des siens. Cela concerne surtout des héros et des personnages politiques, mais aussi quelques artistes et des hommes de lettres ou de sciences, comme Pierre Loti ou Jean Charcot. Leur nombre ne dépasse pas quelques dizaines. Il est inclus dans le total.

C’est donc au total environ mille noms – pour être exact : 1 055 noms, dont 995 de personnages, 34 de lieux importants et 26 d’événements majeurs – qui sont rassemblés ici pour présenter le plus concrètement possible un résumé acceptable de l’histoire de la Bretagne, de la naissance de l’Armorique à la période la plus récente. C’est à la fois peu et beaucoup. Ce nombre peut rappeler celui de quelques cohortes glorieuses de l’histoire, mais nous avons surtout pensé qu’en proposer un plus grand nuirait à l’esprit et à la qualité du projet. Il importait, par contre, que tous les noms soient choisis avec discernement, sans qu’aucune période importante, ni qu’aucun domaine culturel majeur ne puisse rester ignoré. C’est ce que nous avons tenté de faire, en veillant notamment à ce que le résultat de ce travail donne une part sensiblement égale à l’histoire politique proprement dite et à l’histoire culturelle ou religieuse de la Bretagne.

L’histoire politique comprend les hommes d’Etat et certains ” héros “. Les premiers (300 noms), peuvent se regrouper sur quatre grandes périodes : de l’arrivée des Celtes aux premiers rois bretons, le duché de Bretagne pendant huit siècles, la province royale jusqu’à la Révolution et enfin la République Française de 1792 à aujourd’hui. Nous avons cherché à donner ici une place un peu plus importante à la période ducale (120 noms), car, bien qu’elle soit peut-être la moins connue, elle semble la plus riche et la plus représentative de l’identité bretonne. Les noms de personnages ” héroïques “, au nombre de 200, expriment, pour leur part, le courage et la générosité qui se manifestent le plus souvent à l’occasion de conflits, les armes à la main. Plutôt que de les répartir par périodes, il a paru plus logique de les rassembler suivant l’instrument avec lequel ils se sont illustrés, avec on s’en doute, un léger avantage pour la marine (100 noms).

L’histoire de la culture est plus difficile à présenter. Certes la religion, avec ses nombreux saints, ses prélats, mais aussi ses conflits, y tient une place importante (130 noms). Nous avons tenu, en effet à souligner à cette occasion l’apport original et important des congrégations, masculines et féminines, dont beaucoup son nées en Bretagne, pour le développement socio-économique et souvent architectural (abbayes et chapelles) de la Bretagne et de certains pays étrangers. Le plus extraordinaire cependant, nous a semblé provenir de la véritable explosion littéraire et artistique qui s’est manifestée sans discontinuer, depuis le Moyen Age jusqu’à aujourd’hui. Des sculpteurs de pierre, aux compositeurs de musique les plus récents, en passant par un nombre encore plus considérable de poètes, romanciers, journalistes et historiens de toutes les époques, tout un monde d’une sensibilité et d’une productivité étonnante, a contribué à forger ” l’âme bretonne “. Peut-être, est-ce là véritablement ce qu’on a appelé l’héritage des Celtes ? Personne ne songerait plus aujourd’hui à lui nier son originalité et, si le mot bretonisme a pu être créé à cette occasion, il résonne aujourd’hui plutôt comme un compliment. Chateaubriand, le Barzaz Breiz, Anatole Le Braz, Renan, La Borderie, Ar en deulin de Calloc’h, Ropartz, Glenmor, Jakez Hélias, … ne sont que quelques monuments de cette étonnante composition. Nous en avons retenu près de 450 noms (certains déjà nommés ailleurs), sans être sûrs d’avoir réussi à cerner l’essentiel de cet apport particulièrement riche pour l’Histoire. Dans cet ensemble, les scientifiques, chercheurs ou ingénieurs, semblent un peu les parents pauvres, du moins sont-ils les moins nombreux (environ 100 noms), mais ce serait là méconnaître l’importance de leur apport. Il suffit de penser au stéthoscope, au baromètre anéroïde, au métropolitain … et aux progrès de la marine à voile ou à vapeur pour s’en convaincre encore aujourd’hui !

Emmanuel Salmon-Legagneur

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