Reçoit le Collier de l’HERMINE le 5 octobre 2024 ARGENTRÉ du PLESSIS 35
PLUS DE 50 ANS AU CHEVET DES TALUS
Saïg Jestin est né à Kerivinog commune de Ar Vourc’h-Wenn (Le Bourg-Blanc) (Leon).
Petit j’aimais déjà couper de la litière sur les talus avant la moisson, pour aider le blé, l’orge ou l’avoine à murir et à sécher
En 1961, j’ai vu mon père avec ses voisins refaire un talus à la main avec de la tourbe car il n’y avait pas de tracto et le tracteur n’est arrivé qu’en 1963. J’ai également démoli et refait des bouts de talus après le passage de la moissonneuse-batteuse.
Maintenant, (si on les fait en terre) c’est beaucoup plus facile car il y a des tractos et de bons chauffeurs qui savent les faire aussi solides et aussi beaux (car la nature reprend vite ses droits) qu’à la main.
Toujours dans les années 60, la DDE (Direction Départementale de l’Equipement) faisait aux bords des routes communales et départementales des petits talus-mur avec la pierre de Plourin ou de Ploudalmezeau.
Le plus gros chantier que j’ai vu en 1970, c’est avec Fañch Causeur lors du remembrement de Plouarzel : avec son tracto et l’aide des paysans, il a construit environ 37 kms de talus !
A cette époque (entre 1970 et 1980) j’ai aussi construit 100 m à Plouguin après le désastre du remembrement sur les talus bocagers mais aussi à Kerivinog, trois petits talus-murs.
A cette époque j’étais à la bonne école du Ministère de l’Agriculture à Strasbourg. Si les bâtiments étaient décentralisés tous nos professeurs étaient formés à l’éducation unique, à savoir, le même remembrement sans talus bien sûr !
Cela m’a coûté cher de ne pas être d’accord avec nos technocrates …. surtout que venaient les premières conséquences dont les inondations de Morlaix en 1974 suite au remembrement de Plougonven et surtout la condamnation des Services de l’Etat par le Tribunal administratif
Ensuite, comme je travaillais en école d’agriculture et que le Conseil général voulait imposer des haies à même le sol plutôt que des talus-bocagers, je me suis dit qu’on ne pouvait apprendre aux élèves la plus mauvaise solution bocagère.
En 1989, lors de travaux routiers j’avais réussi à décider notre Directeur et l’entreprise de Travaux publics à faire 1 km de talus neufs sur les terres de l’école. Ainsi 1.000 arbres furent plantés par les élèves …..
Puis beaucoup de chantiers ensuite toujours avec les élèves …..
Puis une exposition bilingue (17 panneaux) sur les talus et un petit livre « Skol ar C’hleuzioù » à l’occasion de Gouel ar radeloù (Fête des radeaux) en 1994.
Plus tard, en 1997 fut créé l’association Skol ar C’hleuzioù afin de montrer à tout public, agriculteurs ou non, Administration, que l’on pouvait faire des kilomètres de talus au tracto afin de corriger les dégâts du remembrement.
De plus en plus ce travail est fait par les Syndicats de bassin versant dans le cadre de la reconquête de la qualité de l’eau.
On a de plus en plus de demandes de talus-murs d’autant plus que ceci ne peut être fait que manuellement : c’est donc plus difficile et moins rapide. Toutefois à St-Pol-de-Léon je suis arrivé à faire plus de 300 m, mais en 4 ans !
Avec Skol ar C’hleuzioù on a restauré (en pierres sèches) 30 rouissoirs.
Mais le plus difficile est de changer les mauvaises habitudes et l’idée unique (1), à savoir, construire des haies bocagères sur toute la France et non des talus bocagers dont tout le monde reconnait plus d’avantages :
- Moins d’inondations
- Une eau filtrée plus propre
- Retenues des limons lors des grandes pluies
Par Breizh Bocage j’ai appris, malheureusement, qu’en Bretagne on ferait 4 fois plus de haies que de talus. Je cherche toujours à inverser les choses mais ce n’est pas évident devant un Etat tout puissant !
- Il en est de même avec l’école unique, la langue unique, la culture unique dans notre système unique hyper centralisé !




