Marina Dédéyan : « Tant que se dresseront les pierres »

Marina Dédéyan : « Tant que se dresseront les pierres »

Je ne suis pas lecteur de roman !

Et je n’ai commencé à le lire cet ouvrage que par politesse vis-à-vis d’un éditeur (ou de l’auteure) qui avait envoyé à l’Institut culturel de Bretagne un service de presse…  et aussi car le sujet m’intéressait… avec une pointe de suspicion : un roman historique sur la Bretagne pendant la dernière guerre… On pouvait s’attendre à tout !

Et plus je suis rentré dans ce livre plus il m’a conquis !

Un roman… peut-être ?

Mais un roman intelligent et honnête,

qui donne la parole aux différents belligérants, qui ne juge pas cette époque avec nos yeux et nos références de lecteurs d’aujourd’hui, de lecteurs qui connaissent la fin de l’histoire, formatés qu’ils sont par 73 ans d’instrumentalisation politique de cette Histoire.

qui montre, y compris dans une même famille, les choix divergents d’êtres aussi sincères les uns que les autres, tous aussi déboussolés les uns que les autres par un contexte qui les dépasse, les aveugle, exacerbe les convictions, pousse aux choix ultimes qui leur semblent les seuls possibles.

qui montre que rien n’est binaire. Bons ou méchants ! Héros ou bandits ! Idéalistes ou traîtres ! Résistants ou terroristes ! Patriotes ou collaborateurs ! Qui montre que dans cette furie meurtrière les vrais coupables ne sont pas les victimes qui sont embarquées dans telle ou telle option mais les systèmes totalitaires et fondamentalement anti-démocratiques et irrespectueux des droits humains, qu’ils s’appellent jacobinisme français, états-nations belliqueux, bolchevisme, ou nazisme !

Un problème toujours d’actualité

Un roman sensible,

qui n’apprend rien sur plan historique à ceux qui ne sont pas contentés du catéchisme politiquement correct qui nous est servi depuis la « libération » mais qui nous fait vivre de l’intérieur le quotidien de doutes, de craintes, de colères, de peines, d’humiliations ou d’espoirs… Un ouvrage qui pose aussi la question de la transmission ou des non-dits d’une génération à l’autre… Un questionnement qui vous cueille, sans prévenir, implacablement !

Un roman ?

Mais un roman bien documenté et qui, mieux qu’un livre d’histoire, transmet l’histoire des mentalités, les raisons des actes et non seulement leurs résultats, les sentiments et non uniquement la rigueur trompeuse des seules sources écrites. Une documentation plus « historique » que bien des ouvrages qui s’autoproclament comme tel (sans même parler de ceux qui ne sont que des pamphlets partisans) et qui donne à l’ensemble une crédibilité qui contribue au drame et à l’émotion.

Un roman avec une belle écriture au service de l’expression des ressentis.

Un roman que je ne vous résumerai pas. Mieux vaut le lire !

Patrick Malrieu