Suppression des emplois aidés et fausses économies

La culture ?…

A quoi cela peut-il bien servir ? Est-elle utile pour les besoins primaires de l’individu (manger, se loger, dormir…) ? Permet-elle de gagner du pouvoir, de gagner des guerres ? Non !

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon pistolet » comme le dit la formule prêtée à Bismarck, Goering et autres grands humanistes.

Au mieux, on lui concède d’apporter « un supplément d’âme »…

Mais dans tous les cas de figure, elle reste pour les gouvernants la variable d’ajustement dans le budget de laquelle on peut puiser quand il s’agit de boucler les fins de mois, de minimiser l’impact des incuries diverses accumulées par tous les gouvernements. Et puis, c’est quand même plus facile à mettre en cause que les propres dysfonctionnements de l’Etat lui-même !

Et pourtant, si la culture n’est pas essentielle aux besoins primaires de l’Homme, ne serait-elle pas vitale pour l’Humanité ? Ne dit-on pas (parfois !) que la civilisation, c’est l’art de vivre ensemble.

Qu’est-ce qui coûte le plus cher ? Les emplois aidés ou les désordres générés par la négligence du Vivre ensemble… La Bretagne est une terre de vie associative intense, la première région de l’Hexagone en matière d’ONG, sans doute la première en enseignement et pratique populaire de la danse et de la musique. Et, dans ces associations, qui fonctionnent essentiellement par le bénévolat et les contrats aidés, on y apprend à vivre ensemble, de manière naturelle, sans même éprouver le besoin de verbaliser sur la question (ce que les beaux esprits appellent mixité sociale, échanges inter-générationels, intégration, tolérance, civisme, entraide). Qui fera le bilan comparé des économies sur les emplois aidés et des coûts issus du désoeuvrement des jeunes et de ses conséquences (destruction du matériel urbain, drogue, délinquance, déstructuration de la société ou simplement mal être…) ?

Le monde de l’économie a parfaitement su voir – lui – tout le profit qu’il pouvait tirer en utilisant les notions d’identité, de produit de terroir, de proximité locale, de qualité traditionnelle, de traçabilité, de nature. Il suffit de regarder les publicités de tourisme, grande distribution, agro-alimentaire… Et c’est tant mieux dans la mesure où cela est générateur d’emplois.

Mais l’identité et la culture ne sont ni innées ni éternelles si on ne les entretient pas. Cela suppose transmission, pratique, échanges.

D’une manière générale, ces fondamentaux se transmettent soit par la famille et la société, soit par les média divers, soit par l’enseignement. Dans une France toujours jacobine et qui ne sait pas faire la différence entre intégration et assimilation, qui prône aux autres les mérites de la diversité culturelle mais ne la respecte pas elle-même (y compris pour ses minorités autochtones), autant oublier média et enseignement publics. Ne reste donc, en gros, que la sphère privée et associative. Hélas ! La transmission familiale est souvent mise à mal avec la vie contemporaine (disparition de la famille élargie, familles monoparentales, omniprésence de la télé…). Et la fin des emplois aidés risque fort d’être également la fin d’une bonne partie des associations.

Et pourtant une vie associative et culturelle intelligemment soutenue est elle-même génératrice de richesses. Richesses culturelles, créations… bien sûr, mais aussi économiques. Ainsi la Bretagne est dans le top 3 des régions françaises en matière de destination touristique sans doute plutôt grâce à ses propositions culturelles et naturelles (architecture religieuse, festivals, sites préservés…) qu’à son soleil omniprésent. Elle est 2ème en matière de production bibliographique du fait du sentiment d’identité de sa population. Sa pratique musicale intense est source d’activités discographiques, son environnement et son caractère attire les cinéastes. Qui fera le calcul des emplois induits par ces activités culturelles qui elles-mêmes doivent une grande partie de leur existence au monde associatif… et aux emplois aidés !

Tout cela est tellement évident que nombre de politiciens locaux en sont à peu près convaincus.

Mais avant que les décideurs parisiens le comprennent, on risque d’avoir largement le temps de voir détruit ce qui a été construit avec un maximum de bénévolat et de conviction pendant 70 ans, dans la foulée des Cercles celtiques et bagadoù, du Celib et de la Charte Culturelle de Bretagne. Hélas ! Il sera alors trop tard…

Ou bien faut-il penser qu’il s’agit de la poursuite d’un plan cohérent d’éradication des cultures autochtones dans la foulée de l’abbé Grégoire, Ferry, de Monzie et consorts ?

Sans doute y a-t-il besoin de faire le tri. Certains emplois aidés (tels ceux de l’Etat ou des collectivités locales ou territoriales) sont en fait de service public et devraient relever de l’impôt. Mais dans ce domaine, comme dans bien d’autres, encore faudrait-il admettre qu’il n’y a pas une solution unique et identique à tous les problèmes, et à toutes les régions !